Le rock est-il mort ?

Le rock est-il mort ?

Le rock est-il mort ?


À l’ère du tout numérique, où la vente de CD s’essouffle, où ce qui reste de rock n’est plus que l’apanage des appellations de festivals de musique, la question devient légitime.
Où est passé l’héritage des Kurt Cobain, Jim Morrison ou encore Jimi Hendrix ?

Il est de nos jours difficile de remplir une salle de concert avec une programmation rock sans un DJ set derrière pour animer les foules. N’est-il donc ici question que de faire honneur à un patrimoine passé ? Difficile à croire lorsque le nombre de guitariste, instrument autour duquel gravite ce style musical, est en constante augmentation depuis l’avènement de certains genres musicaux durant le 20ème siècle. Paradoxalement à la faillite récente des fabricants d’instruments comme Gibson.
Ce genre est-il bon à mettre dans un Hall of Fame ou à finir dans quelques irréductibles articles musicaux d’illustres inconnus ? À voir…

Le rock, dans son essence est caractérisé par deux aspects. D’une part, une musique entraînante, pêchue, axée autour du powertrio à savoir, guitare, basse et batterie. Le nombre d’instruments a pu varier dans le temps, et se transformer, on notera aussi certaines « dérives », mais grossièrement, il n’y a pas besoin de plus. Basé sur un riff, le tout aménagé autour d’une structure dite couplet-refrain et le tour est joué. Vous n’avez plus qu’à rajouter de la bière, des cheveux gras et de la sueur qui mettront en lumière le second aspect : « l’esprit rock ».
Cet état est synonyme dans les prémices de désinvolture, un esprit contestataire et révolté contre une société, un système politique voir une hégémonie quelconque dans le but de casser des codes préétablis. L’idée donc de se différencier en tant qu’individu et d’intégrer le « Do It Yourself » lancé par la scène punk-rock de la fin du 20ème, comme un mode de fonctionnement fait partie intégrante de l’histoire du genre. Nous ne chercherons pas ici à établir une primauté mais plutôt comprendre l’évolution du rock et son éventuel déclin.

Le genre « Pop-Rock » en quelques chiffres en région Centre Val de Loire à travers la totalité des spectacles de variétés et de musiques actuelles en 2017, c’est :

  • 13% du total régional des représentations avec 215 représentations.
  • 16% de la fréquentation totale avec 112 000 entrées
  • 11% de la billetterie, soit 2.2M d’euros

Si le nombre de représentations progresse en volume de +32% par rapport à 2016, la fréquentation et la billetterie reculent respectivement de -3% et -20%. Si en festival ces deux pourcentages progressent, hors festival, ces deux mêmes indicateurs se replient fortement de -28% et -52%.

Le manque d’affluence au concert de rock est une des réalités qui justifie cet article. Il peut s’expliquer de différentes manières, d’une part un facteur culturel lié à une réglementation qui empêche sa diffusion, le rock étant avant tout une musique de concert, c’est un moment à vivre et non à écouter chez soi, ce que la juridiction actuelle en matière de « nuisances sonores » contraint en obligeant les artistes à jouer tôt et donc finir tôt pour limiter le bruit. La musique électronique est donc plus favorable à cette tendance ayant la possibilité de limiter les décibels facilement et restreindre l’ampleur du son lorsqu’une batterie va être difficilement minimisée.

Non pas que demandé gentiment, Keith Moon à l’époque des Who, aurait répondu favorablement à minimiser son son lors des concerts…

Cette variable n’explique pas un manque d’intérêt pour le rock mais plutôt un changement dans l’appréciation d’une esthétique musicale, favorisant des genres prédisposés à s’intégrer à des politiques culturelles actuelles dans le cadre d’une représentation restreinte dans une petite salle ou un bar et non les grandes scènes.

Notons aux passages que le contexte de diffusion musicale moderne peut être un frein à un genre axé autour d’un côté « antisocial ».

Il est difficilement imaginable que Kurt Cobain se soit porté au jeu de créer une page Facebook, ou encore lancer un crowdfunding sur Ulule pour financer Bleach.

La musique rock est donc supplantée par d’autres esthétiques musicales s’inscrivant beaucoup mieux dans l’air du temps, en soi, dans les normes de diffusions actuelles, via internet et les réseaux sociaux mais aussi dans ces contextes de représentation.

« L’esprit rock » est pourtant toujours présent et plus que jamais. Il faut aller voir dans un genre qui, pendant très longtemps a été son parfait opposé : le rap. On retrouve en son sein toutes les formes de contestations existantes, dans les paroles qui approchent des thèmes similaires comme la drogue, le sexe, la violence ou encore une vie d’infortune. Mais aussi dans la musique qui récupère l’idée de riff, transformé en une mélodie répétitive qui fait partie des valeurs mêmes de la musique rock. Ce n’est pas anodin si la personne derrière la plupart des prods de Sexion d’Assaut, Maître Gims, Kendji Girac etc. n’est autre qu’un ancien musicien punk : Renaud Rebillaud, qui a finalement rangé ses rangers pour créer les plus gros tubes de ces artistes (À écouter M Sixteen, groupe de Renaud, on est bien loin de Vitaa). On y retrouve naturellement la guitare qui est omniprésente dans la plupart de ses productions.
La guitare est d’ailleurs présente de manière discrète ou parfois comme véritable thème dans les instrus de rap comme récemment Moha la Squale dans son titre Bienvenue à la Banane (tendez l’oreille aux nombreuses guitares en arpège qui composent l’instrumentation). C’est bien ce même artiste qui, d’ailleurs, reproduit dans ses lives les mêmes codes que le rock, à savoir, les pogos, ou encore les slams, qui n’était pas présents dans le rap avant. Rilès aussi un autre acteur de la scène rap intègre même le fameux Wall of Death du métal dans ses concerts.
On pourra aussi citer à l’international, feu Lil Peep, considéré par certains comme le Kurt Cobain de notre génération et qui a mêlé le côté rock, à l’instar d’anciens groupes de pop rock à des instrus trap. Ou encore Post-Malone qui, dans son cas n’hésite pas à se prendre pour une rockstar comme il le décrit dans ses paroles : « I’ve been fuckin hoes and poppin’ pillies. Man i feel just like a rockstar ».

Autant de liens, thèmes, qui, malgré une sonorité différente, renvoient toutes aux caractéristiques même du rock.

« L’esprit rock » a donc de beaux jours devant lui, étant devenu l’égérie d’un autre genre et non plus cantonné à un aspect musical mais dorénavant bien à une manière d’être, un état d’esprit. Bien que des artistes comme Flea, Gene Simmons, Lemmy ou encore The Doors aient annoncé la mort du rock, il faut nuancer le propos, la pratique se fait sous un terme différent qui en dit long sur son ouverture actuelle à mélanger de nombreux genres : les Musiques actuelles amplifiées et a continué de perdurer. Le rock est passé ou risque de passer, au même titre que d’autres genres avant comme le jazz, à son ère posthume où il sera étudié, travaillé, revisité et écouté par une génération qui a évolué depuis ses lettres de noblesse pour faire place à de nouveaux genres, liées à une nouvelle demande de consommation. On a ici affaire à une réappropriation de cette musique et non son éviction totale donc pas de raison de s’en faire de ce côté-là, il perdura simplement d’une autre manière :

 

Sex drugs and rock rap n’roll !

 

Ps : Le genre métal a volontairement été omis de ce post. Il mérite à lui seul un article, étant devenu un genre à part, véritable cousin du rock. Mais je vous rassure tout de suite, il n’est pas envisageable, ne serait-ce même qu’imaginer sa disparition.

Crédits : www.no-goods-no-masters.com (illustrations), ARTE, Simonlerouge (couverture)
Texte : Axel S.
Mise en page : Aurélien B. 
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